[Interview] Retour sur la formation de chercheurs agricoles algériens à l’Institut de recherche sur la pomme de terre Lim Young-seok
2026-03-30
Dans le cadre du suivi du projet KOICA au laboratoire de production de semences de pomme de terre, un groupe d'ingénieurs algériens en agriculture ont bénéficié d' un programme de formation de deux semaines en octobre dernier par l’Institut de recherche sur la pomme de terre dirigé par Professeur Lim Young-seok. Celui-ci visait à transmettre aux chercheurs agricoles des technologies coréennes de pointe en matière de sélection variétale et de production de semences, afin de renforcer l’autonomie technologique de la filière pomme de terre en Algérie.
Afin de rassembler les avis des ingénieurs, j’ai eu l’honneur d’échanger avec des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA), lors d’un entretien en ligne via Google Meet le 20 novembre 2025. Ce groupe, composé de Mme. Mokhtari Bakhta, Mme. Hakmi Fatiha, Mr. Yahi Hamza. Mme. Saleh Fatima, et Mr. Ait Hocine Ramadan, ont partagé avec joie leur expérience particulièrement positive lors de cette formation intensive. Cette initiative qui s’est déroulé du 13 au 25 Octobre 2025, s’inscrit dans le cadre du projet intitulé “Renforcement des capacités de l’INRAA en matière de production et de recherche sur les semences de pommes de terre en Algérie (2025-2027)”, est coordonné par Korea International Cooperation Agency et mis en œuvre par Korea Rural Community Corporation, sous la supervision du professeur Lim Young-seok de l’Université nationale de Kangwon, également directeur de l’Institut de recherche sur la pomme de terre.

Dans l’ensemble, comment s’est déroulée la formation à Chuncheon ?
La formation a été extrêmement enrichissante, nous a permis d’analyser l’état actuel de la recherche sur la pomme de terre en Algérie, d’identifier les principaux défis liés à la sélection des souches et à la mise en place d’un système performant de production de semences. À partir de ces constats, nous avons élaboré, lors d’ateliers, un plan d’action structuré servant de feuille de route pour le développement à moyen et long terme du secteur. Professeur Lim Young-seok était particulièrement à l'écoute durant notre encadrement, d’ailleurs nous sommes toujours en contact pour d'éventuels renseignements ou questions.
Nous avons particulièrement apprécié l’harmonie entre les cours théoriques, les travaux pratiques et les visites de terrain. Nous avons ainsi découvert les laboratoires de la Faculté des sciences biomédicales de l’Université nationale de Kangwon, une ferme intelligente, ainsi que l’Institut de recherche sur la pomme de terre à Chuncheon. Cela nous a permis de suivre l’ensemble du processus de production des semences en Corée, d’observer les protocoles rigoureux de contrôle qualité et de mieux comprendre les différentes variétés destinées à la consommation. La présence d’un interprète francophone tout au long de la formation a amplement facilité la compréhension, rendant les contenus aisément accessibles.

Quelles techniques ou méthodes relatives à la qualité des semences vous ont semblé les plus immédiatement applicables en Algérie ?
Plusieurs techniques pourront être directement applicables. Notamment, la culture in vitro pourrait être davantage développée dans différents centres agricoles en Algérie. De même, les méthodes de production en hydroponie et en aéroponie offrent un potentiel important pour améliorer la productivité. Ainsi, les techniques de sélection variétale (breeding) apprises à Chuncheon représentent également un élément révolutionnaire. Leur adaptation au contexte algérien permettrait de renforcer la production de plants sains, d’améliorer le contrôle qualité et de développer de nouvelles variétés, en s’inspirant de l’expérience coréenne acquise au fil des dernières décennies.
Par ailleurs, on a beaucoup admiré le modèle de coopération entre agriculteurs et chercheurs en Corée, souvent structuré autour de coopératives, cela pourra constituer un exemple intéressant à suivre pour améliorer la coordination en Algérie.

Selon vous, quelles sont les principales différences entre les systèmes agricoles coréens et algériens ?
Les systèmes agricoles coréens se distinguent par leur grande stabilité et leur organisation rigoureuse par rapport à celle d'Algérie. Cette structuration permet une gestion efficace de l’ensemble de la chaîne de production, depuis la sélection des souches jusqu’au contrôle de la qualité des semences. La gestion des ressources génétiques y est particulièrement avancée aussi, incluant les croisements, la sélection, la conservation et le développement de nouvelles variétés. Par ailleurs, les infrastructures permettent une production à grande échelle de plants sains grâce à la culture in vitro.
Lors de nos visites aux laboratoires de l'université de Kangwon, il y avait plusieurs technologies de diagnostic et de contrôle des maladies, notamment les virus de la pomme de terre, avec l’utilisation de méthodes telles que ELISA, PCR, qPCR et LFD.

D’après votre expérience, quels programmes de formation supplémentaires seraient bénéfiques pour les membres de l'INRA dans l’avenir ?
Nous souhaiterions bénéficier de programmes de formation plus approfondis, tels que des bourses de fellowship ou des doctorats spécialisés en techniques de Breeding (sélection variétale, croisements et suivi) en combinant formation hybride: en ligne et présentielle. Ces encadrements où les connaissances peuvent être appliquées directement sur le terrain pour un meilleur suivi pour ajuster les consignes au fur et à mesure, nous permettront de développer de nouvelles variétés résistantes aux ravageurs, les adapter au stress climatique et aux contraintes infrastructurelles. Ils contribuent également à la mise en place d’un programme national de sélection personnalisé ainsi qu’à l’introduction d’un système de gestion de la qualité inspiré du modèle coréen.

Comment le soutien de la KOICA contribue-t-il à l’avenir des technologies agricoles en Algérie ?
Le soutien de la KOICA a joué un rôle important dans le renforcement des compétences algériennes en matière de production de semences de pommes de terre depuis l’installation de leur bureau en Algérie. Ces programmes ont permis d’améliorer l’expertise nationale, de consolider l’indépendance technologique et de dynamiser le développement variétal. Depuis 2009, leurs efforts ont porté leurs fruits avec l’inscription de douze variétés homologuées au catalogue national, témoignant de l’impact de leur mission de développement durable de cette coopération et leurs dévouement pour améliorer l'autonomie des technologies de l’agriculture algérienne.
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