De l’hôpital à l’atelier, entre les mains qui soignent et la lumière qui révèle : le monde invisible de ChiU SeongEun Lee
2025-11-19Il existe des artistes dont l’œuvre ne se contente pas d’être vue : elle s’écoute, se ressent, vie. ChiU SeongEun Lee fait partie de ces artistes-là.
Avant d’être artiste, elle a été infirmière. Avant de tendre son bras en pointant son pinceau, elle a tendu ses mains qui soignent. C’est précisément dans cette traversée du soin médical au soin artistique que son travail trouve sa source, sa force, et son langage singulier.
Loin d’un changement de carrière, sa transition vers l’art répond à une question qui n’a cessé de la poursuivre : « Qu’est-ce que la véritable guérison ? ». Cette interrogation, née de son expérience en milieu hospitalier et intensifiée par un besoin personnel de se soigner suite à une lourde opération, pour pouvoir à son tour transmettre cette énergie de guérison, devient aujourd’hui le cœur de son langage.

De l’hôpital à l’atelier : un même geste, une autre langue
Dans ses mots comme dans ses œuvres, l’expérience médicale n’a jamais quitté SeongEun.
Ses années d’infirmière, puis de directrice du développement dans une start-up en thérapie cognitivo-comportementale (TCC), ont ancré en elle une compréhension rare des douleurs invisibles : celles qui ne se voient pas sur les scanners, mais qui habitent les vies silencieusement.
« Les traitements chimiques et technologiques peuvent guérir le corps, mais ils n’apaisent pas toujours la douleur intérieure. »
Ce langage, elle le découvre dans l’art, dans la matière, dans le geste, le souffle. Ainsi naît sa série emblématique "Les Neuf Mains”, où les mains immobiles, enveloppantes, apaisantes ou immobiles, deviennent des fragments de mémoire, des symboles.
Cette série s’inspire directement des gestes répétés à l’hôpital, incarnant la bienveillance, la vulnérabilité et la connexion humaine.

L’art comme guérison
Pour SeongEun, créer ne se limite pas à produire une œuvre : c’est une forme de purification, une manière de dialoguer avec ses émotions les plus profondes. Elle parle de son art comme d’un processus intérieur : une réconciliation, une mise à nu, une respiration.
Ce qui touche particulièrement, c’est son humilité face à ce qu’elle appelle “l’émotion qui devient matière” ce moment où une douleur, un souvenir ou une douceur se pose sur la toile et cesse d’être lourde. Et ce moment, beaucoup de spectateurs le ressentent. Certaines personnes lui ont confié avoir été émues jusqu’aux larmes en observant son processus. D’autres ont senti des émotions enfouies remonter à la surface. Une phrase, surtout, l’a profondément marquée :
« Votre œuvre m’a donné l’impression d’être enveloppée, comme si elle prenait soin de mon cœur. ».
C’est dans ce dialogue silencieux entre le créateur et le spectateur que la guérison opère. L’art devient alors un pont entre deux intimités, deux histoires, deux respirations.
Un art de l’écoute
Chez SeongEun, l’invisible n’a rien de mystique, il est dans les détails, dans les gestes, dans la façon dont la lumière frôle une toile, ou dont le silence laisse apparaître une émotion subtile.
« Créer, dit-elle, c’est rendre visible ce qui ne se dit pas. »
Son matériau signature, la gaze médicale, en est la preuve. Souvent utilisée pour protéger et laisser respirer la peau, elle devient dans son travail un miroir des émotions humaines : fragiles, voilées, translucides, mais pleines de vie. Dans son atelier, la création commence toujours par des mots : elle écrit ses émotions dans un carnet, comme on fait le tri avant de respirer plus librement. Puis vient le geste, parfois recommencé des dizaines de fois, jusqu’à ce que l’œuvre porte véritablement son histoire. Son processus n’est pas technique : Il est écoute, délicatesse et attention.

De la douleur invisible à l’énergie universelle
L’invisible traverse toute son œuvre, mais ce thème évolue avec elle. D’abord centré sur la douleur intime, notamment celle liée au corps féminin, il s’est élargi au fil des années vers le soin invisible, les liens invisibles entre les êtres, les émotions qui circulent entre toutes les formes de vie et aujourd’hui, le rythme invisible, où lumière, respiration et nature dialoguent dans une forme de vibration universelle.
Ses œuvres deviennent ainsi des espaces où la présence se révèle, où la douceur rencontre la complexité du vivant.
Une année de création : expositions et nouveaux horizons.
L’année qui s’ouvre est particulièrement riche pour ChiU SeongEun Lee :
Février : exposition en tant que jeune artiste invitée par « Mouv’Art » au centre-ville d’Auxerre.
Mars : résidence de création au « Château de Monthelon », lieu reconnu pour son soutien aux artistes émergents.
Automne : exposition personnelle à Tonnerre, sur invitation de la mairie, centrée sur sa série actuelle « Joy ».
Elle réfléchit également à des collaborations avec des musiciens et performers pour explorer, plus loin encore, ce rythme invisible qui guide son travail.

Son ambition n’est pas de multiplier les œuvres mais d’ouvrir des espaces où la lumière, le souffle et le son puissent se rencontrer, comme trois dimensions d’une même énergie.
📍Instagram : @chi.u.art
How about this article?
- Like8
- Support0
- Amazing3
- Sad0
- Curious0
- Insightful0